10504779otto schoff

OTTO SCHOFF

 

 


SI TU VIENS


      
    Si tu viens, je prendrai tes lèvres dès la porte, 
    Nous irons sans parler dans l’ombre et les coussins, 
    Je t’y ferai tomber, longue comme une morte, 
    Et, passionnément, je chercherai tes seins. 
      
    À travers ton bouquet de corsage, ma bouche 
    Prendra leur pointe nue et rose entre deux fleurs, 
    Et t’écoutant gémir du baiser qui les touche, 
    Je te désirerai, jusqu’aux pleurs, jusqu’aux pleurs ! 
      
    — Or, les lèvres au sein, je veux que ma main droite 
    Fasse vibrer ton corps — instrument sans défaut —  
    Que tout l’art de l’Amour inspiré de Sapho 
    Exalte cette chair sensible intime et moite. 
      
    Mais quand le difficile et terrible plaisir 
    Te cambrera, livrée, éperdument ouverte, 
    Puissè-je retenir l’élan fou du désir 
    Qui crispera mes doigts contre ton col inerte ! 

Lucie DELARUE MALDRUS  1874/1945